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20 novembre 2020

Évaluations nationales CP-CE1 : les premiers résultats 2020

Dans son « message aux professeurs » du 09/11/2020, Jean-Michel Blanquer annonce la publication de la note de la DEPP « Évaluations 2020, Repères CP, CE1 ; premiers résultats » et en tire ses premières conclusions. Pourtant, la lecture attentive des documents de la DEPP conduit à une toute autre analyse.

Si le niveau moyen baisse, le fait marquant est l’augmentation des inégalités scolaires entre Education prioritaire et Hors Education prioritaire, particulièrement pour les REP +.

Le confinement n’en est pas la seule cause : cette augmentation des inégalités était déjà manifeste lors des évaluations de l’année passée, qui n’ont pas subi les effets du confinement. Elle touche les secteurs où le contrôle des pratiques est le plus important, là où les dédoublements des CP et CE1 ont été opérés.

La dépossession professionnelle, utilisée par le ministère pour promouvoir l’individualisation des apprentissages et le resserrement sur les fondamentaux a un impact négatif particulièrement marqué, ce qui disqualifie la politique éducative de Jean-Michel Blanquer.

Pourtant, à aucun moment elle n’est remise en cause. Le ministre va même jusqu’à travestir les résultats pour justifier ses orientations, ou avoir recours à des analyses manquant singulièrement de rigueur pour tenter de mettre en avant les mesures prises.

La rentrée 2020 a été une rentrée hors-normes.

Les évaluations standardisées, imposées pour la 3ème rentrée consécutive en CP et en CE1, ne rendent compte en rien des difficultés des enfants à retrouver une posture d’élève, à supporter après des mois d’interruption dans un contexte parfois très anxiogène, la déstabilisation que représente tout apprentissage…

Elles ne disent rien du travail des enseignant-es pour redonner un cadre collectif et pour créer une dynamique pédagogique qui entraîne tous les élèves, tout en intégrant un haut niveau de contraintes sanitaires, sans les moyens matériels et humains nécessaires.

S’affranchissant une nouvelle fois du réel, le ministre développe une analyse partiale et faussée des résultats des évaluations nationales pour réitérer les fondements de sa politique (assujettissement professionnel pour imposer l’individualisation des apprentissages et le resserrement sur les fondamentaux), dont les évaluations sont la pierre angulaire.

La bataille de fond contre la politique de ce ministère, celle de la professionnalité enseignante, celle qui permet d’interroger les contenus et les pratiques au service de la démocratisation de la réussite scolaire, reste un enjeu majeur des mois à venir.

Le SNUipp-FSU s’adresse à des chercheurs et chercheuses pour approfondir l’analyse de ces évaluations. Il poursuivra son objectif d’alimenter la réflexion professionnelle et d’être l’allié privilégié des enseignant-es du 1er degré, concepteurs et conceptrices de leur métier.

Dans le détail :

1. Des résultats en baisse, et surtout des écarts qui se creusent entre Education prioritaire et Hors Education prioritaire, particulièrement en REP+.

En CP :

Dans son message aux professeurs du 9 novembre 2020, le ministre déclare : « En classe de CP, les résultats sont, en français comme en mathématiques, en légère baisse, particulièrement sur les domaines travaillés en fin de grande section de maternelle.

Cette baisse touche tous les secteurs d’enseignement, y compris le secteur privé, en mathématiques et en français.

Les écarts entre le secteur hors éducation prioritaire et le secteur de l’éducation prioritaire, s’ils augmentent, sont cependant contenus au regard des circonstances : jamais cette augmentation des écarts ne dépasse deux points sauf dans deux domaines, « Connaître le nom des lettres et le son qu’elle produisent » (+2,9 points) et « Reconnaître des lettres » (+2,8 points). »

Le ministre oublie de préciser qu’il désigne le secteur REP.

Pour le secteur REP+, les écarts augmentent de plus de deux points avec le secteur hors éducation prioritaire dans 5 domaines (4 en français, 1 en maths).

En gras : écarts > à 2 points

Libellé CP – Ecarts 2019 HEP / REP CP – Ecarts 2020 HEP / REP CP – Ecarts 2019 HEP / REP+ `CP – Ecarts 2020 HEP / REP+
Comprendre des mots lus par l’enseignant 21,73 22,78 33,22 33,52
Comprendre des phrases lues par l’enseignant 12,99 14,15 21,93 23,32
Comprendre un texte lu par l’enseignant 11,14 12,52 19,06 20,13
Manipuler des phonèmes (discriminer des sons) 9,09 10,71 14,84 17,17
Manipuler des syllabes (discriminer des sons) 11,04 12,60 18,33 20,59
Connaître le nom des lettres et le son qu’elles produisent (discriminer des sons) 7,13 9,5111,5215,24
Reconnaitre des lettres (parmi des lettres) 9,15 11,53 14,84 18,32
Comparer des suites de lettres 8,27 9,06 13,42 15,02
Reproduire un assemblage 6,69 7,72 11 12,78
Ecrire des nombres entiers 4,78 6,06 8,76 11,54
Lire des nombres entiers 3,25 4,42 6,94 8,86
Résoudre des problèmes 16 16,80 24,70 25,49
Quantifier des collections 5,04 6,20 8,86 10,80
Comparer des nombres 10,71 11,06 15,98 16,24
Associer des nombres à une position 12,72 13,34 18,66 19,78

En CE1 :

Le ministre écrit :

« les baisses sont plus sensibles. En français, alors que les performances étaient en hausse dans cinq des six domaines comparables en 2019, on observe en 2020 des baisses dans sept domaines sur huit.

En mathématiques, en revanche, les performances sont comparables en moyenne entre 2019 et 2020, sauf pour les élèves les plus fragiles.

La baisse dans les domaines évalués en français concerne tous les secteurs d’enseignement.

En mathématiques, seul le secteur de l’éducation prioritaire connaît une baisse.

De manière générale, les écarts entre le secteur hors éducation prioritaire et le secteur de l’éducation prioritaire s’accentuent en 2020. »

De manière plus précise, on peut ajouter que les écarts augmentent entre 2019 et 2020, de plus de 2 points entre REP et HEP dans 10 domaines (6 en français, 4 en maths). Entre REP+ et HEP, les écarts augmentent entre 2019 et 2020 : de plus de 2 points dans 5 domaines (2 en français et 3 en maths), et de plus de 4 points dans 6 domaines (4 en français et 2 en maths).

En gras : écarts > à 2 points

En gras+rouge : écarts > à 4 points

Libellé CE1–Ecarts 2019 HEP / REP CE1–Ecarts 2020 HEP / REP CE1–Ecarts 2019 HEP / REP+ CE1–Ecarts 2020 HEP / REP+
Comprendre des mots lus par l’enseignant 20,61 21,53 32,25 33,88
Comprendre des phrases lues par l’enseignant 14,80 15,07 24,51 24,62
Ecrire des syllabes simples et complexes 4,75 7,56 10,48 15,33
Ecrire des mots 5,82 8,51 11,77 16,06
Comprendre des phrases lues seul 9,40 11,53 16,19 19,56
Comprendre un texte lu seul9,51 11,98 `17,41 21,30
Lire à voix haute des mots 6,28 9,60 13,98 18,79
Lire à voix haute un texte 7,25 10,30 15,22 19,67
Reproduire un assemblage 6,71 7,02 10,46 11,02
Associer un nombre entier à une position 13,65 14 19,87 20,79
Calculer mentalement 6,50 8,77 10,84 14,61
Ecrire des nombres entiers 6,10 9,27 12,35 17,47
Lire des nombres entiers 5,81 9 12,29 17,49
Représenter des nombres entiers 10,46 12,70 14,62 17,45
Résoudre des problèmes en utilisant des nombres entiers et le calcu 14 15,74 21,03 23,55

Commentaires du SNUipp-FSU :

En novembre 2019 déjà, la tribune de Roland Goigoux nous alertait sur « l’échec » de la politique de dédoublement des CP en éducation prioritaire

. Trois éléments principaux étaient mis en avant :

- Suivi de cohorte :

entre le début du CP et le début du CE1, « l’écart entre EP et hors EP s’est creusé d’environ 3 % en fluence, en compréhension de phrases comme en écriture de mots et de syllabes. »

- Comparaison entre REP+ et Hors EP :

entre 2018 et 2019, les écarts passent de 14,5 à 15,2 points en fluence ; et de 31,1 à 32,4 points en vocabulaire.

- Niveau des élèves de REP+ :

un niveau qui reste très faible… pour le « cœur de cible » de la politique du dédoublement.

Les résultats en baisse à cette rentrée 2020, et les écarts qui se sont creusés entre l’Education prioritaire et le Hors Education prioritaire, sont bien sûr à porter au compte du confinement à partir du 13 mars 2020, puis d’une réouverture des écoles sans obligation scolaire jusqu’aux vacances d’été.

Mais les deux bilans successifs de novembre 2019 et novembre 2020 imposent de considérer que la politique éducative conduite est un facteur majeur d’aggravation des inégalités.

2. Une politique éducative qui repose sur la dépossession professionnelle des enseignant-es

Depuis l’arrivée de Jean-Michel Blanquer au poste de ministre de l’Education nationale, tous les moyens créés dans le 1er degré ont été concentrés sur l’Education prioritaire, pour dédoubler les classes de CP et de CE1.

Simultanément, c’est aussi en Education prioritaire que s’est concentré le contrôle des pratiques enseignantes : mise en œuvre du vadémécum 100% réussite , application du guide orange, pressions sur les méthodes et les manuels, resserrement sur les « fondamentaux » piloté par les évaluations standardisées.

Ainsi, 6 800 postes de RASED manquent dans les écoles, comme manquent particulièrement en cette période de crise sanitaire les postes de remplaçants (encore 210 suppressions à cette rentrée 2020).

Les postes de « Plus de maîtres que de classes » ont également continué à être supprimés (-341 à cette rentrée, dont 91 en Education prioritaire), alors même que la note du comité national de suivi 2017 concluait que les élèves gagnaient en confiance et en autorégulation de leurs apprentissages et que ce dispositif contribuait à la fois à la réduction des inégalités scolaires, à l’amélioration du climat scolaire, à l’évolution des pratiques enseignantes et renforçait la dimension collective de l’école .

Rappelons que ces évaluations nationales reposent d’emblée sur la dépossession professionnelle, puisque les réponses des élèves sont saisies en ligne pour être traitées par un logiciel et non pas analysées par les enseignant-es. Ce traitement externe donne ensuite lieu au classement des élèves en 3 groupes par item : groupes « satisfaisants », « fragiles » et « à besoins ».

Si la note de la DEPP (Document de travail 2020-E04, Novembre 2020) donne 47% d’enseignants qui « considèrent que l’évaluation leur a permis de déceler des difficultés », ce que le DGESCO Edouard Geffray a immédiatement mis en avant dans les médias, elle nous apprend aussi que pour 83% des enseignants, cette évaluation a permis de confirmer des difficultés d’élèves : l’observation et l’évaluation à leur manière des élèves par leurs enseignant-es à cette rentrée avaient donc suffi à 83% de nos collègues pour comprendre où en étaient leurs élèves.

Ces évaluations ne sont donc pas nécessaires à la profession.

Par contre, elles lui sont néfastes : le rapport des Inspecteurs généraux d’octobre 2019 montrait que les enseignant-es des écoles visitées avaient abandonné leurs propres outils depuis que les évaluations standardisées étaient imposées.

Ces évaluations sont avant tout des outils de pilotage qui visent à contrôler les contenus et les pratiques des enseignant-es : elles tournent ainsi le dos à ce qui devrait être une priorité, le renforcement de la professionnalité enseignante.

Ce développement des compétences professionnelles est d’autant plus vital dans une période de forte perturbation, où chaque enseignant-e et chaque équipe doivent pouvoir construire les situations d’apprentissage en fonction de la réalité des classes.

 

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